Coupdeprojecteur#37
#transitionecologique

Auprès de nos arbres, nous étions heureux·ses (partie 2)

À la demande d’un adhérent du Collectif, la mairie a envoyé des expertises effectuées par l’Office National des Forêts sur les arbres romanais. Après un fastidieux travail de tri, voici la restitution des études entre 2021 et 2022.

Sur les 996 arbres étudiés, l’ONF ne préconisait l’abattage que de 112 arbres, dont la grande majorité se trouvaient rue de Coalville, boulevard Ginier et Chemin des bœufs.

Des arbres en mauvaise santé, voire maltraités

De manière générale, on constate à la lecture des documents que les arbres de la ville ne sont pas en bonne santé. Trois types d’éléments semblent se combiner pour expliquer la situation.

Pour commencer, la plupart des diagnostics indiquent un mauvais entretien des arbres au fil des ans : coupes drastiques, parfois malvenues ou non-respect des mesures prophylactiques (désinfection du matériel de coupe et protection des parties coupées afin d’empêcher la propagation de maladies ou d’attaque fongique). 

Les emplacements des arbres sont également responsables. La présence de voiries à proximité, les troncs enserrés dans du goudrons limitent les échanges entre le sol et le système racinaire. La proximité des places de stationnement provoque une compaction du sol et une asphyxie racinaire. De nombreuses blessures sont aussi constatées sur les troncs, dues à des engins de tontes ou aux véhicules. 

Dernière cause d’origine humaine : la non protection des arbres durant les phases de travaux (voir l’exemple édifiant de la contre-allée du cours Pierre Didier).

Toutes ces mauvaises conditions sont à l’origine de blessures et d’échaudures (“coups de soleil” de l’arbre qui empirent avec la réverbération des sols bétonnés). Ces blessures deviennent des zones “faibles” où se développent et prolifèrent bactéries, champignons et maladies qui affaiblissent le fonctionnement physiologique de l’arbre (sa vigueur et sa vitalité) ainsi que son état mécanique (sa solidité et son ancrage au sol).

De la pédagogie avant les tronçonneuses

Les abattages rue de Coalville et boulevard Ginier ont particulièrement cristallisé la colère des habitant·es, déjà bien échaudé·es par les nombreuses coupes effectuées dans le reste de la ville. L’ONF avait effectivement préconisé d’abattre ces arbres. En revanche, comme le recommandait également les rapports, la mairie aurait pu se fendre d’un peu de pédagogie et expliquer en amont aux habitant·es les causes de ces coupes d’arbres. Mais, puisque ce n’est pas le fort de notre municipalité, nous allons le faire à sa place.

Les études concernant les arbres du boulevard Ginier mettaient en avant une mortalité avancée d’une partie ou de l’intégralité d’un grand nombre d’arbres, ainsi que de nombreuses altérations. Rue de Coalville, la maladie de l’esca est la principale cause des coupes. Celle-ci, due à un champignon, provoque une pourriture blanche et un amincissement de la paroi cellulaire. Le bois devient friable et cassant. Ces arbres devenaient donc dangereux, notamment de par leur emplacement dans des lieux de passages et à proximité d’écoles. Leur abattage était nécessaire.

Les projets végétalisant la ville mettent en péril… les arbres !

Dans les différents projets urbains de la Ville, il s’avère en revanche que la majorité des arbres sont ou étaient viables. Sur les 78 arbres étudiés du cours Pierre Didier, l’ONF ne préconisait aucun abattage, pourtant 44 ont été arrachés. Au quartier de la Presle (futur projet Savasse), seulement 2 arbres sur 65 auraient pu être supprimés, or une trentaine a été abattue.

Se pose alors la question de la pertinence, dans le cadre de travaux, d’effectuer un tel nombre de coupes. Les différents projets auraient-ils pu être pensés autrement afin de laisser l’existant en place ? La question se pose particulièrement à la Presle où le projet est le découvrement de la Savasse et l’aménagement d’un parc. Un espace de biodiversité pour le vivant, un parc ombragé pour potentielles canicules à venir semble une belle idée sur le papier. Malheureusement, les nouveaux arbres plantés mettront plusieurs dizaines d’années avant de fournir le même ombrage et un niveau de dépollution atmosphérique équivalent à ceux abattus. 

Dans le Romans Mag n°368, daté de mai 2022, et ironiquement intitulé “L’arbre, un patrimoine à préserver”, la Maire expliquait dans l’éditorial que “les arbres abattus […] le sont toujours à contre-cœur, et après avis systématique de l’Office National des Forêts” et “le plus souvent, ils avaient été fragilisés par les récents événements climatiques, ou mettent en péril à court terme des ouvrages […], voire de nouveaux projets tels que le nouveau cours Pierre-Didier.

Les analyses des documents de l’ONF indiquent que oui, certains arbres devaient en effet être coupés … mais pas tous, loin de là. L’avis systématique a été effectivement demandé à l’ONF, mais d’autres considérations ont semble-t-il pris le dessus.. 

Quant au péril dans lequel les arbres mettraient les nouveaux projets, ne serait-ce pas plutôt les nouveaux projets qui mettent les arbres en péril ?

Une charte de l’arbre

Dans la conclusion d’un des rapports de l’ONF, l’expert explique que la Ville de Romans possède un patrimoine arboricole important qu’il est nécessaire de préserver. S’en suivent un certain nombre de conseils à mettre en place. L’un d’eux concerne la mise en place d’une charte de l’arbre. Dans le Romans Mag n°368, de mai 2022, il est annoncé que le service des espaces verts travaille à la rédaction d’une telle charte, mais depuis ce énième effet d’annonce qu’en est-il réellement ? 

En attendant, regardons ensemble celle de la Ville de Grenoble, parue en 2019. Nous y retrouvons toutes les préconisations glanées au fil des diagnostics de l’ONF : intérêt des arbres et connaissances sur leur conditions de vie ainsi que conseils en gestion et préconisations techniques pour la pérennité des arbres en milieu urbain. 

La Mairie de Grenoble va même plus loin, en proposant un site internet dédié au patrimoine arboricole de la ville et de la région grenobloise. Sur celui-ci, il y a  : des informations sur les arbres, une carte interactive pour visualiser les arbres dans la ville et des conseils de plantation et d’entretien. 

Autant de ressources qui peuvent permettre de sensibiliser le plus grand nombre sur l’importance de la préservation et du respect des arbres dans nos espaces urbains, publics comme privés.


0 commentaire

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *