Des pistes innovantes

Depuis le 1er novembre 2019, toutes les communes proposant deux menus sont tenues de proposer un repas végétarien hebdomadaire. Lille le faisait déjà en 2014, mais depuis 2018 ce sont deux repas non-carnés qui y sont servis chaque semaine ! D’autres villes ont décidé d’aller plus loin.

100% bio

Depuis 14 ans, la cantine de Barjac propose à ses élèves des aliments uniquement locaux et issus de l’agriculture biologique. Les repas coûtent 8,50 euros mais ne sont facturés que 2,50 euros, le reste est pris en charge par la commune qui y consacre 6,5% de son budget (soit 115 000 euros sur 1,7 million). A Mouans-Sartoux, pour fournir des aliments bio et locaux aux enfants, la mairie a choisi d’embaucher un agriculteur municipal et d’ouvrir une exploitation de 6 hectares en 2011. Aujourd’hui, 22 tonnes de fruits et légumes sont produits sur place par 2 maraîchers, soit 80% des besoins des 3 cantines de la commune ! Les produits sont cuisinés par le personnel municipal pour un surcoût de seulement 20 centimes par repas et par enfant, compensé par la fin du gaspillage alimentaire. 

L'agriculteur communal de Mouans-Sartoux

Vers la fin du gaspillage alimentaire

Dans l’Indiana (Etats-Unis), une école, en collaboration avec l’association Cultivate Food Rescue, distribue les repas non-consommés aux enfants issus des foyers les plus démunis. Cela permet de lutter à la fois contre les gaspillages et les inégalités sociales ! Plus localement, à Lyon, une idée similaire a vu le jour : certaines denrées pourront être données à des associations d’aide alimentaires habilitées. Tout a commencé grâce à la pétition des parents d’élèves d’une école lyonnaise. Lors de la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets, ils ont pris l’initiative de peser les déchets alimentaires de l’école et sont arrivés au poids pharaonique d’une tonne en une journée ! Emeline BAUME (élue EELV) souhaiterait aller plus loin en donnant les aliments restant à des associations telle que Récup & Gamel qui pourraient les transformer et les revendre à des prix accessibles à tous.

La cantine scolaire, un droit pour tous les enfants

L’article L131-13 du code de l’Éducation indique que “l’inscription à la cantine des écoles primaires, lorsque ce service existe, est un droit pour tous les enfants scolarisés. Il ne peut être établi aucune discrimination selon leur situation ou celle de leur famille.” La restauration scolaire est donc essentielle pour tous les enfants. Cependant, certains parents, faute de moyens, ne peuvent supporter le coût de la restauration scolaire pour leur enfant et ne peuvent pas les inscrire. En septembre 2018, le gouvernement a lancé un plan d’action pour lutter contre la pauvreté. Parmi les mesures proposées : des repas à 1 euro afin d’assurer aux enfants au moins un repas complet et équilibré par jour. Cette mesure, encore à l’essai, concerne uniquement les enfants issus des foyers les plus modestes et les villes de moins de 10 000 habitant·es.

Et localement, que pouvons-nous mettre en place ?

La Drôme est connue pour être une bonne élève en matière d’agriculture biologique : 26% de la SAU (Surface Agricole Utile) est certifiée bio, contre 6,5% au niveau national ! Mais pour fournir la restauration collective de la ville, sans passer par l’importation, il en faudrait encore plus !

A Romans, nous avons la chance d’être entouré·es de terres agricoles et, si les conséquences du réchauffement climatique le permettent, de produire  une grande diversité de fruits, légumes et céréales ! J’adorerais voir la prochaine municipalité s’inspirer de la commune de Mouans-Sartoux et engager des maraîchers municipaux tout autour de sa ville, ou a minima de faciliter l’installation d’exploitations à taille humaine sur son territoire. Leurs productions serviraient en priorité pour les cantines, EPHAD… et, si surplus il y a, des commerces de proximité pourraient fleurir dans les rues de la ville. L’idéal étant d’avoir suffisamment de paysans pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et être résilient face aux futurs défis climatiques et à la diminution des ressources qu’ils provoqueront.  

La ferme du Laval Laval à Montélier, certifiée Agriculture Biologique, produit ses fruits et légumes en développant la biodiversité dans ses parcelles.

Je souhaiterais aussi voir ma ville utiliser la restauration collective comme levier de la justice sociale. A Romans, les foyers modestes sont défavorisés tandis que ceux avec de hauts revenus sont largement aidés… Voici deux exemples concrets :

  • Un foyer romanais ayant un quotient familial de 457 € paye 3,08 € de repas par enfant, tandis qu’à Grenoble cela ne lui coûte que 1,45 €, soit deux fois moins ! A l’année, ça fait une différence de 240,72 euros !

  • A l’inverse, un foyer romanais ayant un quotient familial de 2651  € paye les repas de la cantine 5,20 € par enfant, mais à Grenoble cela lui coûterait 7,48 €, soit une différence à l’année de 328,32 euros !

Cela s’explique notamment par le nombre de tranches : les Romanais·es en ont 5 tandis que  les Grenoblois·es… 2 621 ! A Grenoble, les frais sont calculés au point près du quotient familial ! De plus, pour lutter contre le gaspillage alimentaire et toujours dans le but de lutter contre les inégalités, la ville pourrait envisager un partenariat avec une ou des associations pour donner les repas non consommés à des personnes dans le besoin au lieu de les jeter.

Bref, la remunicipalisation des cantines permettrait d’avoir une politique tarifaire plus juste et adaptée aux revenus de chaque foyer, mais aussi de créer des emplois (maraîchers, éleveurs, cuisiniers…) et anticiper sur l’impact des changements climatiques.

Sources :

1ère partie : Des pistes innovantes

 – Le choix de manger bio et local, la cantine de Barjac dans le Gard l’a fait il y a 10 ans ! [En ligne] France Info, 2017 [consulté le 5 mars 2020]

 – Cantine bio : cette ville a embauché un maraîcher municipal [En ligne]. PositivR, 2019 [consulté le 5 mars 2020]

 – Deux repas végétariens par semaine dans les cantines : Lille est la première ville à recevoir l’écharpe “cantine verte” [En ligne]. France Bleue, 2019 [consulté le 5 mars 2020]

 – Aux Etats-Unis, cette cantine sert les repas restants aux élèves les plus démunis [En ligne]. Demotivateur, 2019 [consulté le 5 mars 2020]

 – Cantines scolaires : donner les restes au lieu de les jeter [En ligne] Lyon Plus, 2019 [consulté le 5 mars 2020]

 – Lancement de la cantine à 1 euro pour les familles [En ligne]. Gouvernement, 2019 [consulté le 6 mars 2020]

2e partie : Et localement, que pouvons-nous mettre en place ?

 – La Drôme, département pionnier du bio en France [En ligne]. Agriculture Gouv, 2019 [consulté le 6 mars 2020]

 – Restauration Scolaire [En ligne]. Ville Romans, 2020 [consulté le 7 mars 2020]

 – Inscription restauration scolaire et tarifs [En ligne]. Ville Grenoble, 2019 [consulté le 7 mars 2020]

J. V.


2 commentaires

Pauline elie · 3 mai 2020 à 17 h 05 min

Bonjour Justine!
Merci pour cette publication en deux parties. C’est, je trouve, une mine d’informations.
Il y a à la maison de quartier Saint Nicolas, l’idée de faire une cantine populaire.
Ce n’est pas le même point de départ que les réflexions sur les cantines scolaires, d’ehpad,…
Mais il y a des directions qui se ressemblent fortement!
Alors lorsque nous aurons écrit l’avancée de cette cantine populaire, je le publierai ici
Et avec des paysan.nes de tout à côté de Romans, les propositions pour une sécurité sociale alimentaire vont bon train.

    J. V. · 10 mai 2020 à 11 h 35 min

    Merci Pauline 🙂
    J’ai hâte de voir l’avancée de la MDQ St Nicolas pour la cantine populaire !

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