Coup d’œil #06
#transitionécologique

Les Goulets, des travaux qui restent en travers de la gorge

Aujourd’hui, les touristes, à défaut de pouvoir visiter les Grands Goulets, viennent parcourir les Petits Goulets en voiture, mais aussi à pied et souvent sans lumière. De quoi se faire de bonnes frayeurs ! Les Petits Goulets, eux aussi, ont subi des changements depuis 1852. Le premier tunnel a déjà été agrandi et, pour faciliter le passage de plus gros véhicules tout le long de la route, le département a décidé de rabaisser la route dans le reste des Petits Goulets. Sachant que la route de l’Arps (projet très controversé par le passé) avait été construite pour permettre aux gros camions de monter sur le plateau, on retient surtout que le projet des Goulets a pour objectif le passage de bus touristiques à deux étages.

Ces travaux vont nécessiter de fermer les Petits Goulets trois mois par an pendant trois ans. Les premiers impactés ? Les habitants d’Échevis, qui, pour la plupart, ont une vie royannaise. Ces neuf mois de travaux vont bousculer complètement leur vie et les questionnent sur ce projet coûteux et inadapté aux enjeux du territoire. Concrètement, cela va les obliger à faire un gros détour par le plateau pour aller travailler ou pour amener leurs enfants à l’école. 

Une enquête de mobilité leur avait été adressée pour connaître les difficultés qu’ils rencontreraient avec les travaux, afin de trouver des solutions. Mais « le questionnaire, c’était un peu pour nous faire plaisir, il n’y a pas eu de suite », nous dit Julien, membre du collectif d’opposants au projet. Une déviation par le col de Mézelier a été évoquée, le financement départemental a été accordé, mais des riverains s’y opposent et puis, ce serait une dépense supplémentaire, pour un projet déjà coûteux et controversé. Finalement, certains devront ajouter 2 h de trajet à leurs déplacements quotidiens, pour aller au travail ou à l’école, d’autres ont décidé de scolariser leurs enfants à Saint-Martin-en-Vercors et quelques-uns se demandent s’ils pourront réellement continuer à travailler.

Bien avant ce circuit touristique, le vacarme des bolides remplace déjà le chant du vivant. Les moteurs rugissent à chaque virage et l’écho des cylindrées se répand dans chaque vallée.

Le témoignage de R., une observatrice aguerrie, atteste de la fuite de plusieurs espèces suite aux nuisances sonores et à la sur-fréquentation des sites, dont des couples d’Aigles Royaux et de Grands Ducs. Oiseaux, mais aussi insectes, amphibiens et mammifères sont impactés par ce projet : quand les sons permettent aux uns de se diriger ou de chercher de la nourriture, ils permettent aux autres de défendre leurs territoires, d’attirer un·e partenaire, etc. Alors, lorsqu’il n’est plus possible d’entendre et de se faire entendre, eux aussi se mettent à parcourir des kilomètres, en quête d’habitats plus calmes.

Quant aux humains, il suffit d’ouvrir la conversation en terrasse de café pour constater leur exaspération. À l’image d’Agnès, habitante de Saint-Jean, on se surprend à apprécier les jours de brume ou de fortes pluies : « Ce sont les seules choses qui parviennent à leur clouer le bec ». Que l’on soit sur les plateaux ou dans le Royans, la quiétude de nos environnements quotidiens disparaît petit à petit. La narration qui enrobe le projet se garde bien de mentionner son bilan carbone, l’artificialisation des sols ou l’augmentation des niveaux de décibels qu’il entrainera…

Et puis, ce projet ne semble pas adapté à son temps. Romain  : « Moi, ce qui me fait halluciner, c’est qu’on est en 2021 et qu’on pense encore à faire des travaux pour faire passer des gros cars alors que rien n’est prévu pour la mobilité douce. Ils n’ont même pas été capables de prévoir un bout de trottoir, un aménagement pour le passage des cyclistes et des piétons, qui sont nombreux les mois d’été. Le projet « Au fil de la Bourne » (sentier de mobilité douce), je crois qu’il coûte 870 ou 890 mille euros, c’est trois à quatre fois moins qu’ici, pourtant ici ça ne concerne que 500 mètres, alors que de l’autre côté, ça concerne toute la vallée de la Bourne ».

Quant au grand projet d’Inspiration Vercors (cf article précédent), « ils ont bien pris soin de ne pas classer les Petits Goulets dans les routes sublimes du Vercors, donc ils peuvent la défoncer ».

Depuis plusieurs années, les Échevins essayent d’alerter la population du Royans-Vercors sur ce projet. Les travaux approchant, ils redoublent d’efforts et les panneaux se multiplient pour alerter, informer et questionner : « Écologie saccagée », « Vallée sinistrée », « Chantier inutile », « Quel tourisme ? », « Vos sous ? Votre choix ? », peut-on lire en bord de route. Les résultats des élections départementales sont tombés : Christian Morin, instigateur du projet, garde sa place. « Il a des billes dans une boîte de transport, donc ce projet l’arrange bien », rappelle un opposant. Encore un projet dont les dessous semblent peu reluisants…

Espérons tout de même que le département ouvre le débat, car la révolte gronde (bientôt plus fort que les motos) dans la vallée des Goulets !

    Cet article est extrait du journal indépendant du Royans « l’Effeuillé » n°6.


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