Coupdeprojecteur#25
#justicesociale

Éducateur·rices de rue à la rue ?

La Sauvegarde de l’Enfance 26 a appris en novembre dernier que sa convention avec la mairie ne serait pas renouvelée dans le cadre de la prévention spécialisée.

Depuis 47 ans, les éducateur·rices de rue intervenaient sur les quartiers dits « prioritaires » de la ville, principalement la Monnaie et le centre ancien, mais la mairie a décidé de ne pas renouveler la convention de La Sauvegarde de l’Enfance 26. Une décision qui laisse dubitatif un certain nombre d’acteur·rices de ces quartiers et qui met les jeunes dans un certain désarroi. Ces jeunes ont décidé de leur propre chef de créer une pétition, afin de conserver leurs éducateur·rices. 

La délinquance n'est pas la mission prioritaire de la Prévention Spécialisée

La Protection de l’Enfance « vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l’enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation ». La Prévention Spécialisée est une de ses missions. Son but : prévenir les risques de ruptures et d’exclusion, lutter contre le décrochage scolaire, renforcer le lien familial et social. Plusieurs principes la régissent : la libre adhésion, l’absence de mandat nominatif et le respect de l’anonymat. L’objectif premier de la Prévention Spécialisée n’est donc pas de réduire la délinquance même si ses actions dans la durée y contribuent.

L’éducateur·rice spécialisé·e construit une relation dite éducative, d’échange et de confiance. Cela lui permet d’accompagner la personne : de lui donner la possibilité de grandir, de s’accomplir et de gagner en autonomie. Pour les éducateur·rices de rue, cette action éducative commence dans la rue. Il s’agit “d’aller vers”, de rencontrer les jeunes dans la rue et les lieux qu’ils fréquentent. Le but est d’être identifié, reconnu comme personne-ressource afin d’entrer dans le travail d’accompagnement. Il faut parfois des années pour construire ce lien de confiance avec certain·es jeunes, qui leur permettra d’accepter d’être accompagné·es et de mener à bien des projets. Bed in shop, lab’elles, les visites insolites… sont des actions éducatives portées par les éducateur·rices romanais·es. Ces projets ont été réfléchis et mis en place avec des objectifs précis permettant aux jeunes de s’engager dans une action positive.

Place à la répression !

À Romans, on constate assez rapidement sur le site de la ville que la municipalité n’a pas bien compris ce qu’était la Prévention… La photo d’illustration de la page qui lui est dédiée montre une policière qui surveille des enfants en train de faire du vélo … 

Concernant la rupture du contrat avec la sauvegarde, “On voit malheureusement que la délinquance est toujours là donc on veut essayer d’autres approches.” explique Edwige Arnaud, adjointe à la jeunesse et à la prévention, pour France Bleu. La délinquance est présente à Romans, mais combien de jeunes ne sont-il·elles plus ou pas dans la délinquance grâce au travail des éducateur·rices ? Difficile à déterminer… Qu’en est-il des autres missions de la prévention, notamment le travail auprès des familles ? Mme Arnaud parle de prévention de la délinquance, mais ce n’est que l’une des multiples missions de la Prévention Spécialisée.

La Prévention peut paraître inefficace car elle met des années à montrer ses résultats. Par définition, prévenir signifie éviter ou réduire des conduites qui de ce fait ne peuvent être observées facilement. La nouvelle équipe arrivera dans un climat de rejet, les jeunes étant particulièrement touché·es par le départ de leurs éducateur·rices. Il lui faudra du temps, peut-être des années, pour créer du lien avec les jeunes et avoir des répercussions. “Une stagiaire sera en renfort pendant un an”, s’enorgueillit la mairie. Comment une personne en apprentissage pourrait apprendre dans des conditions pareilles ? De plus, les travailleur·euses sociaux·ales se battent pour que stagiaire ne rime pas avec effectif supplémentaire. Ici, la mairie l’assume pleinement !

En oubliant une grande part des missions de Protection de l’Enfance, la mairie assume sa priorité, combattre la délinquance par la répression, et s’en donne les moyens : augmentation de la vidéosurveillance, augmentation et armement de la police municipale Récupérer la compétence de la Prévention Spécialisée, c’est donc récupérer le contrôle. Les nouveaux·elles éducateur·rices, employé·es municipaux·ales, auront un devoir de neutralité et sans doute des objectifs chiffrés, là où l’ancienne équipe avait la force de ne pas être affiliée à la mairie et de pouvoir agir sans pression.

Les actions de la Mairie n’ont pas baissé la délinquance, bien au contraire !

Suppression de certaines actions culturelles ou sportives, baisse des subventions aux associations et maisons de quartiers, suppression des deux tranches les plus basses du barème du prix des cantines, disparition de la crèche du quartier Est, délaissement des infrastructures, pourvoyeuses d’activités, de vie sociale et de mixité…

La Prévention, cela commence aussi par faire vivre un quartier, dont la grande majorité des habitant·es n’ont rien à voir avec la délinquance. Faire vivre ses enfants, leur donner la possibilité de faire autre chose, de voir au-delà du quartier, au-delà de leurs cercles, afin de se construire. Cela peut être fait en mettant l’accent sur l’éducation populaire, l’aide aux devoirs, les activités extra-scolaires, la mixité sociale, l’accès au sport et à la culture… Cela manque cruellement à Romans.


0 commentaire

Laisser un commentaire

Avatar placeholder

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.