Coupdeprojecteur#7
#transitiondémocratique

On peut devenir plus intelligent, ensemble !

Voilà donc Joe BIDEN élu 46ème Président des États-Unis, et Kamala HARRIS, première femme/première personne d’origine afro-américaine/première personne d’origine indienne élue vice-présidente. Cette élection nous replonge 4 ans en arrière et nous rappelle que, à cause du mode de scrutin où les votant·es élisent dans chaque État des grand·es électeur·trices qui votent pour le Président, Donald TRUMP avait été élu en 2006 avec… 2 millions de voix de moins qu’Hillary CLINTON !

Signe que la transition démocratique suit son (lent) cours : il n’y a plus d’élections nationales où on remette en cause le dépouillement. Ainsi en 2017 plusieurs publications avaient regardé de près les choix des électeur·trices et aidaient à prendre conscience que d’autres modes de scrutin auraient permis à plus de votant·es d’être en accord avec le nouveau Président (qui n’aurait probablement pas été Emmanuel MACRON mais une personnalité plus consensuelle). Une vidéo est implacable sur le sujet : Monsieur le président avez-vous vraiment gagné cette élection ?, dans la série La statistique expliquée à mon chat.

A celles et ceux qui ont suivi le Collectif pour Romans de près ces derniers mois, il ne sera pas utile de rappeler que nous sommes allé·es loin dans ces nouvelles manières de faire : tirage au sort de candidat·es, choix des premiers noms de la liste électorale – dont la tête de liste – au jugement majoritaire. C‘est avec délectation que nous avons vécu ensemble ces moments de communion très forte avec l’idée que nous nous faisons de la Démocratie, loin des discussions entre quelques personnes autour d’une table, des arrangements, des « je prends ça mais je te donne ça »…  Nous avons effleuré les nouvelles pratiques, nouvelles au sens pas encore usuelles, leur description remontant souvent à des siècles en arrière !

Comment peut-on, en 2020 (ou 2021, pensons aux futures élections départementales et régionales), encore rester à des modes de scrutin archaïques qui font semblant d’oublier les nouvelles technologies et les ordinateurs prêts à compiler toutes sortes de résultats (et pas seulement une addition de comptage de bulletins de vote) ? Dans son livre Supercollectif, la nouvelle puissance de nos intelligences (disponible à la médiathèque Simone de BEAUVOIR), Émile SERVAN-SCHREIBER, rappelle que le chantier de la démocratie numérique est immense et impératif : notre démocratie traverse une crise profonde traduite par la défiance de plus en plus grande vis-à-vis de son fonctionnement… Il est temps de revitaliser nos démocraties et de les rendre plus efficaces !

L’auteur axe toute une partie de son propos sur l’importance de la prévision. Pour que notre démocratie fonctionne mieux, il propose (aussi) d’améliorer la quantité et la qualité des prévisions qui sont faites avant de prendre des décisions. Mais qui peut faire une prévision juste ? Les expert·es ? Les observateur·trices avisé·es ? Les citoyen·nes lambda ? Et voilà le cœur du livre ! L’auteur décortique l’intelligence : le quotient intellectuel QI (1905), le quotient émotionnel QE (1990) et le QI collectif (2010)**. Celui-ci augmente avec la sensibilité sociale du groupe (capacité de chacun·e à déchiffrer l’état d’esprit des autres) et avec l’égalité du temps de parole dans le groupe.

« La diversité des points de vue doit être activement cultivée, car c’est la meilleure manière de contrer la subjectivité et les lacunes de chacun. (…) Il ne sert à rien d’être nombreux si tout le monde pense pareil ».

Émile SERVAN-SCHREIBER
Journaliste et homme de lettres français

Il s’attarde sur Sir Francis GALTON qui, en plus d’être biologiste, géographe, anthropologue, météorologue et cousin de Charles DARWIN, cherchait à démontrer le caractère héréditaire des inégalités intellectuelles. A l’automne 1906, alors qu’il avait 85 ans, lors d’une balade, il croisa un attroupement où des centaines de curieux·ses (parmi lesquel·les des bouchers ou éleveurs, mais surtout des personnes n’ayant aucune connaissance dans ces domaines) étaient invité·es à deviner le poids total de la viande que l’on pourrait tirer du bœuf qui leur était présenté. Sir GALTON récupéra les 787 tickets du pari pour les analyser chez lui. Il s’attendait en réalité à trouver dans ces données une illustration de la misère du jugement populaire… Les estimations variaient grandement, de 408 à 680 kg, reflétant aussi bien les différents niveaux d’expertise des compétiteurs que la difficulté du problème. Mais Sir GALTON fut surpris de constater que l’estimation médiane était presque parfaite, à moins de 1 % d’erreur du poids réel (543 kg) ! La moyenne des estimations, quant à elle ne déviait de la cible que d’un demi kilo. Bien que chacun·e des compétiteur·trices se fût trompé en moyenne de 24 kg, le jugement collectif était d’une étonnante justesse. Sir GALTON venait de documenter pour la première fois la puissance d’une intelligence collective à grande échelle, impliquant plusieurs centaines de cerveaux. Le rapport qu’il fit dans la revue Nature fut vite oublié, jusqu’en 2004, où il fut repris par le journaliste américain James SUROWIECKI dans son live La sagesse des foules (The wisdom of crowds en VO). Ce livre, paru en 2008 en France,  a eu bien moins de succès que dans le reste du monde. À noter que ce livre est à l’origine de la popularité du mot crowd : crowdsourcig, crowdfunding, etc.

Cette sagesse des foules s’applique bien entendu au-delà des estimations bouchères ! Pour toutes les questions, les prévisions, tous les pronostics, l’estimation collective du groupe est plus fiable (et encore plus s’il y a de nombreux individus dans le groupe) que celle d’un individu pris au hasard. Emile SERVAN-SCHREIBER détaille ce concept en mettant en garde sur la signification du mot foule : il fustige la pensée unique, où le groupe ne parle que d’une seule voix et empêche l’intelligence de s’y développer : « c’est seulement quand chacun réfléchit de façon indépendante que le collectif peut être intelligent ».

Alors, membres du Collectif, sympathisant·es, curieux·ses… vivement qu’on se revoit toutes et tous en vrai pour débattre et avancer ensemble !

* Dans sa première équipe gouvernementale, Donald TRUMP s’était vanté non seulement d’être un génie mais d’avoir recruté des ministres dont la somme des QI était largement supérieure à celle de tous les gouvernements américains précédents.. Un an plus tard, un quart de ces ministres ne faisait plus partie du gouvernement.

coline


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