Coupdeprojecteur#13
#justicesociale, #transitiondémocratique

Usine Jourdan : une saga romanaise alliant patrimoine industriel, petits arrangements en famille, coups bas et conflits d’intérêts !

Boulevard Voltaire, l’usine Charles Jourdan a eu ses heures de gloire. Les bâtiments situés à une entrée de ville et la marque de chaussures associée sont un condensé de l’histoire industrielle de la ville. Pour “les ancien·nes”, les bâtiments, comme la marque Jourdan, sont indissociables d’une période glorieuse pour l’emploi et la prospérité de notre ville. Mais faute de projets menés à terme, les bâtiments se sont dégradés…

Avantage au projet 1083

En juillet 2015, la municipalité, conduite par Marie-Hélène Thoraval, décide de vendre le tènement de 7600 m² à un promoteur souhaitant construire une résidence privée de personnes âgées. Malgré le prix de vente fixé à 294 000 euros, alors que l’estimation donnée par les services de l’État est de 1,1 million d’euros, le président de l’agglomération, Nicolas Daragon, décide de suivre la maire de Romans. Mal lui en prend puisque suite à un recours celui-ci fait marche arrière et lance un appel à projet (ce qui constitue la procédure la plus adéquate!). Un an plus tard, en octobre 2016 le conseil d’agglomération vote pour le projet porté par 1083 et non pour le projet soutenu par Mme Thoraval.

© Collectif pour Romans / Le tènement Jourdan
Le projet 1083 en difficulté

Il faut attendre encore un an pour qu’un premier compromis de vente soit signé au bénéfice de 1083 en novembre 2017 donc. En février 2018, la société 1083 dépose une demande de permis de construire pour des travaux ambitieux d’un montant estimé à 10 millions d’euros. Valence Romans Agglo prend en charge la dépollution et la ville demande au porteur de projet de compléter sa demande de permis ce qui sera fait en juin 2019. Le 11 juillet, Thomas Huriez présente le projet de 1083, baptisé “Cube 1083” et annonce une ouverture fin 2021. Le lendemain, il déclare sa candidature aux élections municipales ! 

Le 4 novembre la ville délivre le permis de construire, 3 jours avant la date où il aurait été tacitement accordé car dès le 8 novembre la ville aurait été hors délais. Cette façon de faire est assez rare dans ce type de dossier : utiliser le délai maximum autorisé par la loi pour instruire un permis de construire est une mauvaise manière faite au porteur de projet. D’autant que le compromis de vente passé avec l’agglomération stipulait que cet accord sera caduque si 1083 ne réunissait pas les fonds nécessaires avant le 31 décembre. Moins de deux mois pour boucler un budget de 10 millions d’euros, c’est court surtout dans un tel contexte, la municipalité démontrant par sa lenteur calculée son hostilité au projet, de quoi repousser banques et investisseurs !

© Collectif pour Romans / Le tènement Jourdan
Vive le sport !

En 2020, 1083 demande un nouveau compromis de vente avec un nouveau délai, Nicolas Daragon tergiverse au motif qu’il faudrait attendre la mise en place des nouvelles équipes municipales et intercommunales. Mais, le 3 décembre 2020, coup de théâtre le Conseil d’Agglomération vote la cession du tènement Jourdan à la ville de Romans pour y réaliser un gymnase ! Ce vote intervient alors que l’on interdit à tou·tes les élu·es romanais·es de participer au débat puis au vote. Le motif invoqué est proprement ubuesque : “comme la vente se fait au profit de la ville de Romans, les élu·es de cette ville seraient en conflit d’intérêt ». Or un très grand nombre de délibérations prises par l’agglo concernent les intérêts de certaines communes c’est aussi une des raisons d’être de l’intercommunalité si chaque fois on faisait sortir les élu·es des communes en cause cela se saurait et surtout les débats n’auraient pas beaucoup de sens. 

Mais la plus grande curiosité c’est que le Conseil Municipal de Romans n’ait pas été informé, il n’a pas eu à voter le principe de l’achat ! Ainsi l’agglo décide de vendre un terrain de 7600 m² sans que les élu·es romanais·es n’aient exprimé le souhait d’acheter. Décidément le débat démocratique n’est pas le fort de Mme Thoraval.

Que met en lumière le dernier épisode de cette saga ?

Du côté de la mairie de Romans :

Eh bien que toutes les décisions sont prises dans un entre-soi entre le président de l’agglomération et la maire de Romans, qui est aussi sa première vice-présidente… On pourrait même penser que la décision avait été négociée en amont et qu’un délai de décence a été décrété (fort court malgré tout). En plus du petit délai, on ajoute l’idée d’y faire un gymnase municipal, pour rendre la décision indiscutable (ce qui montre bien que le projet initial d’une résidence pour personnes âgées ne s’inscrivait pas dans un schéma directeur mais était une faveur envers un promoteur).

On notera que Marie-Hélène Thoraval n’a jamais évoqué ce projet durant la campagne et en regardant le planning après coup on peut difficilement imaginer que cette décision soit sortie du chapeau seulement fin 2020. On comprend également que la maire a tout fait pour plomber le projet économique d’un concurrent à la mairie…

Certain·es ont affirmé que 1083 n’avait pas les moyens de son projet, ce n’est pas l’analyse qui a été faite par Marie-Hélène Thoraval sinon il aurait été plus subtil de laisser plus de temps à Thomas Huriez et le laisser “se planter” tout seul. Ainsi, elle aurait eu le beau rôle et moins de critiques. En même temps, d’autres diront que la subtilité n’est pas la marque de fabrique de Madame la Maire.

Ⓒ Collectif pour Romans / La mairie de Romans sur Isère

Du côté de Passionnément Romans :

L’attitude de Thomas Huriez n’est pas exempte de critiques : annoncer sa candidature le lendemain d’une opération de communication sur le projet “Cube 1083”, constitue un mélange de genres qui pose question (des Romanais ont même évoqué un conflit d’intérêt). 

Il a affirmé qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêt car la vente avait été actée avant sa candidature, mais c’est oublier (ou ignorer) que d’autres actes nécessitant des votes dans les assemblées devaient avoir lieu par la suite au sujet de ce projet. Un exemple : le devenir du terrain du gymnase et du plateau d’évolution, T. Huriez avait posé une condition : l’entrée du cube 1083 doit être visible depuis le boulevard, et le programme de la liste « Passionnément Romans » parlait de la visibilité du musée et la réalisation d’un parking. Tout bénéfice pour l’entrepreneur : un grand parking devant son projet assurant une bonne desserte, et surtout susceptible de capter potentiellement celles·ceux allant à Marques Avenue et s’étant garé devant le cube !

Au demeurant le programme de la liste « Passionnément Romans » demandait déjà le déplacement du gymnase sur le terrain de la pension du lycée sur Magenta, pour libérer la visibilité et permettre la réalisation d’un grand parking devant la cité de la chaussure… Si la tête de liste de “Passionnément Romans” avait été élue maire, elle aurait eu à arbitrer cet aménagement autour de la friche Jourdan avec forcément une double casquette.

Et du côté du président de l’agglomération :

Concernant Nicolas Daragon on notera qu’il a manœuvré assez finement en gelant toutes décisions avant les municipales il a envoyé à chacun·e des protagonistes le même message : “le suffrage universel tranchera”. Ce qui est largement discutable d’un point de vue démocratique puisque les électeur·trices n’étaient pas appelé·es aux urnes pour arbitrer le projet “Cube 1083”.

Mais pour lui c’était tout bénéfice : son  discours était entendable par les deux camps avant les élections et après les élections, il gardait la main et il rendait le·la nouveau·elle élu·e de Romans redevable.

  • Si Thomas Huriez avait été élu il aurait dû passer sous les fourches caudines du président de l’agglo pour faire aboutir son projet ;
  • Marie-Hélène Thoraval élue, il lui a fait comprendre qu’il acceptait de la suivre une nouvelle fois au sujet de la friche Jourdan mais c’était un prêté pour un rendu : lors d’un dossier valentinois elle devra suivre quoiqu’il lui en coûte.
Ⓒ Collectif pour Romans / Le tènement Jourdan

Quelques questions : qui défend l’intérêt de Romanais·es dans tout cela ? Comment associe-t-on dans la transparence les habitant·es aux décisions qui concernent leur ville ? Tout laisse à penser que cette saga n’est pas totalement terminée et nous réserve d’autres surprises.


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