Romans'Mag à l’ère de l’attractivité

Romans’Mag, c’est une histoire de communication municipale remontant à 1962. Ces publications, plus ou moins régulières, prenaient alors le nom de : “Revue municipale” (1962-1977), “Bulletin municipal” (1977, 1983-1985),  “Vivre à Romans” (1977-1983), “Romans Mensuel” (1985-1987)… devenu “Romans Magazine” puis Romans’Mag dans les années 2000.

Les évolutions des magazines municipaux s’inscrivent dans différentes lois de décentralisation et de réformes des institutions, depuis la Loi Municipale de 1884 à celle, constitutionnelle, relative à l’organisation décentralisée de la République de 2003. Les communes, voyant évoluer leurs compétences, adaptent leur communication au gré des élu·es, de leurs besoins, des crises et des attentes sociales (de transparence financière par exemple), environnementales ou démocratiques.

Les années 2010 marquent un tournant suite aux restrictions budgétaires pesant peu à peu sur les communes avec notamment la loi de programmation des finances publiques du 29 décembre 2014. Entre autres conséquences, en mai 2017, la publicité a fait son retour dans le Romans’Mag, augmentant ainsi de 2 à 6 pages dédiées dans chacun des 18 000 exemplaires diffusés.

La publicité avait disparu pendant presque 12 ans

La publicité était déjà très présente dès le premier numéro de la Revue Municipale de 1962 conservé aux archives. Beaucoup d’entreprises du bâtiment, quelques commerces de proximité et même la clinique d’accouchement Baby-Babette. On la retrouve jusqu’en janvier 2005 et le numéro 194 qui devient le premier numéro d’une série sans publicités. Cela va durer presque 12 ans.

En novembre 2016, un appel d’offre comprenant deux lots, le premier l’impression du journal et le second pour la régie publicitaire, était mis en ligne… C’est AF-Communication qui remporte ce dernier. Cette entreprise, basée à Montélimar, devra reverser au minimum 50% des recettes publicitaires à la Ville et vendre au minimum 2 des 6 pages prévues pour les encarts.

La publicité, une histoire d’argent

Vous souhaitez vous offrir un encart publicitaire dans un numéro de Romans’Mag ? Il vous en coûtera autour de 1 300 € pour une pleine page, de 800 € pour une demi-page et environ 500 € pour un quart de page. Avec autant de publicités (plus de 90 pages depuis janvier 2020), les recettes de la régie doivent couvrir une bonne partie du coût d’impression du magazine tournant autour de 40 000 € H.T. par an. Voici comment, sous prétexte d’un Romans’Mag à moindre coût, les publicités de Leclerc, d’écoles privées ou encore de la SFAM (avec sa marque Celside depuis le numéro d’octobre 2021) atterrissent dans vos boîtes aux lettres malgré votre éventuel refus de la publicité.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle

La publicité ne doit pas être le moyen d’équilibrer le budget de cette publication municipale, qui perd alors davantage sa fonction d’information de service public pour se ranger du côté de la propagande financée par des fonds privés. En 2020, le budget communication de Romans s’élevait à presque 700 000€. En comparaison, Annemasse, ville de 35 000 habitant·es, avait un budget communication de près de 350 000€ en 2019 et ne fait pourtant pas le choix de la publicité. Elle propose à la place un bimestriel de 24 pages pour réduire les coûts.

Les Romanais·es aussi sont en droit de pouvoir s’informer sans avoir à supporter les sollicitations des annonceurs. C’est d’autant plus cynique que le magazine municipal n’est quasiment plus un vecteur d’informations pratiques éclairant les habitant·es sur le fonctionnement de la collectivité et sur leurs droits…

Si on reprend tous les sommaires depuis janvier 2020 (19 numéros), les mots environnement, écologie, démocratie et social n’ont jamais été dans le sommaire. Sécurité ? 2 fois. Association ? 2 fois. Éducation ? 3. Urbanisme ? 4. Commerces ? 5. Attractivité ? 12 fois, c’est même une rubrique à part entière.

Le Romans’Mag est donc surtout une vitrine vantant le travail fait sur l’attractivité, sans perspective. Il ne traite les problématiques démocratiques, sociales et environnementales qu’à coup de post-it. Alors que le magazine pourrait être un formidable outil d’informations, de sensibilisation et de mobilisation, il est juste le faire-valoir d’une équipe municipale. Il ne permet pas de mobiliser les citoyen·nes aux transitions indispensables pour assurer notre avenir… Cela rend l’intrusion de la publicité, outil chéri du capitalisme, source de l’état d’effondrement de notre monde, encore moins supportable.


ALC

Je suis pas journaliste mais j'aime bien raconter des choses.

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