Coup pour coup #07
#justicesociale, #transitiondémocratique

De Crépol à Romans, histoire d’une stratégie d’extrême droite

Le drame de Crépol a été un choc et un deuil pour Romans et ses environs… ainsi qu’un marche pied pour l’extrême droite qui déploie le même procédé d’instrumentalisation dans toute la France.

L’extrême droite a une capacité de mobilisation de militant·es extérieur·es aux problématiques des territoires vécus. “Nous avons vécu la même chose en 2016, suite à l’évacuation des camps à Calais. Les réfugié·es ont été dispatché·es partout en France. Dans la Drôme, c’était à Allex dans un centre qui accueillait à l’origine des personnes en sevrage d’addiction. Il y a eu une levée de boucliers de la droite locale et régionale, une grosse manifestation organisée par le RN dans le village, avec de nombreuses personnes venues de l’extérieur” se souvient Maud Dugrand, journaliste mais aussi habitante d’Allex. Et c’est aussi à Callac (22) où l’extrême droite fait pression pour annuler un projet similaire, à Saint-Brévin-les-Pins (44) où le Maire démissionne face au harcèlement constant et violent.

À Romans, c’est une variante qu’utilise l’extrême droite : sélectionner des faits divers en fonction de l’origine supposée de la victime et de l’agresseur pour jeter en pâture un territoire aux médias et aux réseaux sociaux. Ce qui constitue également une occasion de s’implanter là où il n’y a pas de réalité militante d’extrême droite. Ce fût le cas avec le meurtre de Thomas, et ailleurs avec ceux de Lola, Philippine et Matisse. À chaque fois, les noms de ces enfants sont brandis en étendard d’abord sur les réseaux sociaux puis sur les plateaux télé, réduisant ces drames à une lutte civilisationnelle, dans une logique simpliste et haineuse. Et ce, souvent en opposition aux souhaits des familles. Maud Dugrand, comme journaliste cette fois, observe ce schéma récurrent : “Ils utilisent un événement, un fait divers. Ils s’organisent sur les réseaux sociaux, utilisent les médias pour avoir de l’audience et viennent occuper le terrain en débarquant de toute la France, sur des territoires qu’ils ne connaissent pas la plupart du temps”.

À Romans, de la même manière, ce sont majoritairement des militant·es venu·es de loin, parfois de très loin, qui se sont rassemblés le 30 novembre, place Gailly. Les forces de police affirmant que les locaux n’étaient pas plus de deux dizaines sur les 200 personnes présentes. Ici comme ailleurs, cette stratégie d’instrumentalisation n’aura pas fonctionné. Au prix d’une mobilisation large de la société civile, des militant·es associatif·ves, de syndicats et politiques, mais aussi de toutes les personnes heurtées par une telle tentative et un tel message.

Le fenêtre d’Overton comprend toutes les idées jugées acceptables dans une société donnée à une époque précise ; en sont exclues toutes les pensées considérées comme inacceptables et radicales. Néanmoins, la fenêtre peut glisser au fil du temps, s’agrandir ou se rétrécir selon l’évolution de l’opinion publique.

Article extrait du journal les 400 Coups n°11 | Hiver 2025


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