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Romans “Ville amie des enfants” : humour noir ou méconnaissance absolue du terrain ? (partie 2)

24 places pour plus de 2000 enfants ?

Bonne année les enfants. 

La Ville de Romans, prompte à se mettre en avant auprès des familles, quitte à largement outrepasser son rôle (cf. les appels téléphoniques en avril dernier pour savoir “si les enseignant·es envoyaient bien leurs cours aux enfants”) a cette fois agi en catimini.

Pour les vacances de février 2021, dans la suite logique des coupes depuis 2015, la mairie a supprimé le centre de loisirs pour les enfants de l’école élémentaire. Malgré la communication “en grand” (cf. affiches sur tous les panneaux municipaux de la ville), la proposition alléchante des vacances d’hiver accouchera de quelques miettes… C’est à se demander à quoi servent les affiches ! En effet, en 2021, il y aura en tout et pour tout 24 places de Pass’sport et pas de centre de loisirs pour les 6-14 ans. 24 places pour plus de 2000 enfants en école élémentaire et près d’un millier de collègien·nes. Les inscriptions en ligne commençaient samedi 16 janvier à 9h00 ; celles et ceux qui ont voulu profiter d’un petit déjeuner en famille ne se sont connectés que vers 9h30, bien trop tard pour avoir une place. 

Drôle d’idée d’avoir financé des affiches plutôt que des activités pour les enfants de la ville…

photo communication pass'sport
Une campagne d’affichage qui va concerner moins de 1% du public ciblé...
Zéro ambition culturelle et sportive pour les jeunes

Cette fermeture romanaise des centres de loisirs pour les 6-14 ans n’est que la suite de tout ce qui a volé en éclats ces dernières années. Aujourd’hui les places d’accueil pour les enfants les mercredis et les vacances manquent… Lorsqu’elles existent, elles sont imaginées à un prix de revient toujours moindre, par exemple, seule une sortie luge est proposée dans la semaine du Pass’sport d’hiver. Même Monsieur Wauquiez doit s’en étouffer, lui qui aiguille les budgets de la Région sur les transports de groupes scolaires et périscolaires vers les stations de sport d’hiver des Rhône-Alpes Auvergne… (pour donner du crédit à ses investissements dans des canons à neige peut-être?).

Avec les restrictions en matière de sport ces derniers mois, ce chiffre a à nouveau été mis en avant : l’Organisation Mondiale de la Santé recommande aux 5-17 ans de faire au moins une heure d’activité physique par jour (et pour les moins de 5 ans, c’est même trois heures quotidiennes qui sont recommandées !). Malgré cela, la municipalité ne prend aucune initiative pour aider les familles à garder leurs enfants en bonne santé : est-ce bien cela, être “ville amie des enfants” ?

Côté culture, ce n’est guère plus reluisant : la ville annule le spectacle de Noël des 6-12 ans sans même avoir le début de l’idée de remplacer ces non-dépenses par quoique ce soit d’autre : pas l’ombre d’un budget supplémentaire pour les futures sorties, un abonnement ou du matériel pédagogique. 

Notons au passage que le cadeau de Noël aux écoles maternelles -des papillotes- avait d’ailleurs tout simplement été supprimé dès 2015, “parce que la personne qui s’occupait des commandes n’avait pas pu le faire”. Depuis, le Père Noël romanais a cessé de s’occupait des 0-6 ans.

Quel bilan retenir dans les écoles ?

Depuis quelques années, ni les enfants, ni leurs familles ne sont au centre des préoccupations de la Ville de Romans, les écoles en ont largement fait les frais… Dès 2015, et alors Romans avait été une ville pilote, c’est une véritable désagrégation de tous les dispositifs du Programme de Réussite Éducative (PRE) qui a commencé

⇒ Partenariat étroit entre l’école et les activités périscolaires ;
⇒ Nombreuses activités organisées après l’école (2 atouts scolarité, 5 atouts sport, 1 atout théâtre, 1 atout musique, 1 atout arts : les 4/5 de ces clubs ont disparu)
⇒ Suivi rapproché des enfants ;
⇒ Liens étroits avec les familles ;
⇒ Clubs “Coup de pouce” pour l’entrée dans la lecture, aujourd’hui ceux-ci ont été délocalisés dans les écoles hors réseau d’éducation prioritaire…

Un livre avait écrit en 2012 pour relater cette expérience du PRE : “Réussite éducative : Une expérience sociale à Romans sur Isère” de Hervé CELLIER et Philippe POURTIER (Directeur du Dispositif de Réussite Éducative à la mairie de Romans depuis 2006).

Cette étude s’appuie sur l’analyse de la réalité d’un quartier dont la population est l’un des plus pauvres de notre pays, pour montrer concrètement comment un territoire peut assurer la fonction d’éducateur à travers l’intervention de différents acteurs aux qualifications diverses. Voici, mise en évidence, les vertus de la cohérence éducative, la construction d’une dynamique générale de la motivation appuyée sur l’estime de soi et une continuité de l’action pédagogique.

Ces idées pleines de bon sens -et de résultats !- n’ont guère ému Madame Thoraval qui, bien que prétendant être ”Amie des enfants”, ne gère le service Éducation qu’avec des préoccupations financières et n’a jamais vu le DRE (Dispositif de Réussite Éducative) dans sa globalité en lien avec la politique de la ville :

Diminution drastique des dotations scolaires (-25%) ;
⇒ Suppression des 6 euros supplémentaires par enfant dans les zones d’Éducation Prioritaire (« les crayons ont le même prix partout ») ;
⇒ Aide aux devoirs par des enseignant·es supprimée « pour l’égalité des quartiers » expliquait Madame le Maire via ses élu·es dans les conseils d’école. Peu importe la demande importante des familles, comme il n’y avait pas d’aide aux devoirs organisée dans toutes les écoles, il a été choisi de ne plus en organiser du tout. Ce formidable nivellement par le bas a été fait au nom de l’égalité de tous, oubliant que les besoins des familles ne sont pas les mêmes partout et que c’est l’équité qu’il faudrait réussir à établir dans une ville. Au lieu d’y réfléchir, les services municipaux ont laissé les enfants qui restent en garderie jusqu’à 18h30 faire leurs devoirs avec leurs parents en rentrant chez eux…
⇒ Gel du recrutement des ATSEM (Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles) pour les écoles maternelles : les nombreux départs à la retraite des agents depuis 2014 n’ont pas été remplacés et la municipalité a toujours brandi le bouclier législatif dans les conseils d’école « les textes officiels demandent aux communes de mettre UNE atsem à disposition par école ». Il est d’ailleurs remarquable qu’à chaque fois que des parents ou enseignant·es cherchent ce texte, il apparaît bien plus flou que ce résumé hâtif d’un ATSEM par école au minimum.

D’ailleurs certaines municipalités (très proches de Romans, il suffit de passer le pont) se fient plutôt à la vraie vie et au confort des enfants en recrutant une ATSEM par classe et assument les dépenses générées par ce choix, sans avoir besoin d’arborer un quelconque titre.

Et si on s’appuyait vraiment sur la jeunesse ?

Même les bonnes idées ont été des initiatives en trompe-l’œil : le Conseil Municipal Jeune a, par exemple, été d’une ambition démocratique en dessous de ce qu’il était imaginable… comme si la Ville préparait les citoyen·nes de demain à accepter des Conseils Municipaux fermés au public, des délibérations pas affichées etc.

Convié·es (en guise de décoration ?) à la visite du Prince de Monaco ou à la matinée de remise des cartes d’électeurs·trices aux jeunes de 18 ans, nos jeunes élu·es municipaux·ales, bien mis en valeur sur les photos de la presse, n’ont jamais été invité·es à faire part de leurs actions, leurs recherches, leurs apprentissages au reste de leur classe.

CMJ
Photo réalisée par la mairie de Romans

Ironie du sort, la Ville ne les a même pas aidés à mettre en œuvre le programme pour lequel ils et elles avaient été élu·es ! Elle les a aidé à réaliser une brochure sur la propreté, comme si la pédagogie et l’action se réduisaient à distribuer une brochure coûteuse, au lieu d’agir sur le terrain sur le thème des déchets. Pour information, leur projet était de sensibiliser aux effets dévastateurs de la pollution sur les océans et la faune marine. Ils·elles voulaient rappeler les gestes à adopter. Finalement, il a été résumé en un pamphlet pour la propreté, loin d’un débat sur l’environnement et les conséquences de nos actes.

Toutes les autres propositions des enfants se sont évaporées :  les déplacements en vélo en toute sécurité, l’aménagement de lieux collectifs (parcs) avec des propositions simples et peu coûteuses : espace jardin partagé dans chaque parc, arbres fruitiers, construction de givebox

La ville a formé, voire formaté, deux enfants par école pour eux-mêmes, sans jamais parler de mutualisation ou de partage d’expérience avec leurs camarades de l’école pour susciter chez eux l’envie de s’investir. C’est d’ailleurs tout à fait en cohérence avec l’esprit individualiste développé par l’actuelle maire, qui offre 1000 euros au/à la meilleur·e bachelier·ère plutôt qu’une petite somme à plusieurs élèves et qui organise chaque année un « défi élite », là où d’autres villes promeuvent des récompenses partagées et des projets collectifs. 

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Photo prise par la ville de Romans sur Isère

Projets collectifs ? projets d’utilité commune ? Comme le dit  Casimir dans sa chanson :”Il suffit d’un peu d’imagination”. Les parents devraient s’en inspirer pour voir dans tous les choix de la Ville de Romans la marque de son amitié envers les enfants !

Romans, “le pays joyeux des enfants heureux et des monstres gentils”

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