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#justicesociale, #transitiondémocratique

Romans “Ville amie des enfants” ou... Romans, ville ennemie des enfants ? (partie 3)

Les familles ayant des enfants de 3 à 14 ans avaient l’habitude de faire les inscriptions de leurs enfants aux activités proposées par la municipalité quelques semaines avant chaque période de vacances. Les inscriptions via internet mises en place depuis quelques années, permettant d’éviter de longues files d’attente, ont donné l’habitude aux parents de gérer tout cela “en quelques clics”. 

Seulement voilà : ce mois de janvier, les inscriptions n’ont pas pu se dérouler comme d’habitude car l’offre de centre de loisirs pour les 6/11 ans (“ALSH Monnaie” : accueil de loisirs sans hébergement) avait tout simplement… disparu !

Disparu sur la pointe des pieds

Cette année, contrairement aux années précédentes, pas d’affichage ni de flyers distribués dans les écoles. Seuls les panneaux d’affichage municipaux indiquaient que les inscriptions allaient être ouvertes pour “les accueils de loisirs, la ludothèque les 3 dés, le Pass’sport”. Cette publicité, moins fastueuse que les années passées, restait tout de même bien démesurée pour les quelques maigres places à partager entre tous les enfants de la ville…

Les parents habitués et dont les enfants trépignaient pour certains de retrouver leurs ami·es “au centre” savaient que les inscriptions débutaient le samedi 16 janvier, dans leur “espace citoyen” créé sur le site de la ville. Dès 8h, certains parents se sont pressés de faire l’inscription de leurs enfants : à leur grande surprise, ils ont découvert à ce moment-là que la ligne “ALSH Monnaie”… n’existait plus !

Les plus prompts à se décider se sont tout de suite tournés vers les places du Pass’sport (24 places à partager en 3 tranches d’âge : 7/9 ans,10/12 ans et 12/14 ans… -alors même que le Pass’port est annoncé pour les 7/16 ans- et, surtout, à partager entre les habitué·es du Pass’sport et les habitués du centre de loisirs…). Pour les autres (ceux qui ont pris le temps d’échanger avec d’autres familles sur cette mystérieuse disparition, ceux qui savaient que le Pass’port était environ deux fois plus cher que le centre de loisirs, ceux qui n’étaient pas à leur clavier à 8h) : plus rien. Aucune place, aucune proposition d’activités à la journée pour leurs enfants de 6 ans et plus pendant les futures vacances de février, que les parents travaillent ou non, que les parents aient un autre moyen de garde ou pas.

La mairie a communiqué… a posteriori

Rapidement, des parents se sont mobilisés, ils ont interpellé l’opposition municipale et ont contacté la presse écrite, à la radio et ont lancé une pétition. Radio France Bleu a diffusé le témoignage d’une maman qui expliquait comment toutes les familles se trouvaient dans l’embarras, sans solution de garde pour leurs enfants, moins de trois semaines avant les vacances d’hiver, sans qu’aucune information n’ait été donnée sur la fermeture de ce centre auquel les familles tenaient énormément tant chaque enfant, chaque parent même, y avait de très bons souvenirs, de très belles découvertes.

Les idées d’éveil, d’épanouissement, de moments partagés, de découverte, de vivre ensemble s’étaient envolées et ont d’abord laissé place à la déception, puis à l’inquiétude : les parents allaient-ils devoir laisser leurs enfants seuls à la maison pendant leurs heures de travail ? Ces périodes troublées par la pandémie étaient-elles propices à laisser les enfants aller jouer dehors sans surveillance ? Radio France Bleu a interpellé la maire de Romans “qui dans un premier temps n’a pas souhaité s’exprimer” et qui a répondu ensuite (lundi 25 janvier) par un communiqué de presse… qu’il a été intéressant de confronter avec la réalité du terrain !

“[La mairie] précise notamment que pour les 6/11 ans du quartier de la Monnaie il s’agissait d’une offre spécifique maintenue malgré l’incendie de 2017 dans les locaux de la MJC Robert Martin”

Certes, le centre de loisirs ne se déroulait plus au centre social de la Monnaie -un incendie avait eu lieu en 2017 et depuis la non remise en état des locaux a mené à sa destruction en 2020- mais à la MJC Robert Martin. Pourquoi parler d'”offre spécifique” puisque c’est un centre ouvert à tous les enfants de la ville et les moments de mixité culturelle et sociale, ingrédients indispensables pour bien vivre ensemble, ont été nombreux à la MJC depuis 2018.

mdq monnaie détruite
Le centre social de la Monnaie accueillait jusqu’à 60 enfants il y a quelques années...

“Les locaux [de la MJC Robert Martin] ne sont plus adaptés aujourd’hui, au regard du protocole sanitaire en vigueur pour héberger, le temps des vacances, un tel accueil de loisirs.”

Le virus nous ferait-il tourner la tête ? Après le confinement de mars, la MJC a continué d’accueillir des enfants l’été dernier puis en octobre 2020. Les protocoles sanitaires des accueils de groupes n’ont pas été durcis depuis l’automne : le brassage des classes n’est pas autorisé dans les écoles, mais il a bien lieu dans les accueils de loisirs du mercredi, lors des temps de garderie périscolaire et de de cantine. Comment, dans ce cadre, croire que le protocole sanitaire est responsable de la fermeture du centre de loisirs ?

MJC Robet Martin
La MJC Robert Martin

“La ville a redirigé les parents des enfants concernés sur les Pass’sports, mais aussi sur l’Amicale Laïque, association qu’elle finance à ce titre.”

Pour rappel, jusqu’en 2014, le dispositif “Pass’sport” permettait, l’hiver, à des bus remplis d’enfants de partir à la montagne pour profiter des joies de la neige… La réponse de la maire est accompagnée d’un pluriel : “les Pass’ports”, cela n’élargit toujours pas ce dispositif d’une semaine (et une seule) au-delà des seulement 24 places prévues pour les 7/14 ans d’une ville de 34000 habitant·es…

Il est mensonger de dire que les parents ont été redirigés vers quelle structure que ce soit. En effet, les parents n’ont eu aucune information concernant l’Amicale Laïque (alors que la mairie sait communiquer avec les familles, elle l’a fait lors du confinement juste avant le second tour des élections municipales). Seules les quelques familles pour lesquelles il était simple d’appeler directement la mairie afin de demander des explications et une place pour leurs enfants ont été reçus… et satisfaits. 

Pour les autres familles, la mairie n’a été d’aucun secours. Des parents ont appelé Mairie + pour avoir les coordonnées de l’Amicale Laïque, mais les standardistes leur ont donné un numéro non attribué… Il y a aussi les questions d’éloignement de l’Amicale Laïque (située à Mours-Saint-Eusèbe) et de son surcoût, celles-ci ont été balayées d’un revers de la main par la mairie. Il a été question d’un bus -sans préciser que lorsque celui-ci avait été mis en place, c’était aux frais de l’Amicale Laïque et que le bus n’était absolument pas envisagé en période de Covid. Comment des parents se rendant à pied de la Monnaie à la MJC pourraient-ils imaginer rejoindre Mours ? La mairie a également mis en avant le repas compris pour justifier les tarifs plus onéreux du centre de loisirs de Mours. Et le Pass’port, deux fois plus cher que le centre de loisirs et sans repas compris, on le met dans quelle case ?

Locaux de l'amicale laïque (Mours-Saint-Eusèbe)
Une "fausse rumeur" bien vraie

La suite du communiqué de presse, repris par Radio France Bleu, fait des amalgames nauséabonds extrêmement éloignés des missions de Service Public auxquelles une ville est censée répondre :

“Cette collaboration [avec l’Amicale Laïque] traduit la volonté de la ville de ne pas assigner à résidence les enfants du quartier de la Monnaie, mais de permettre au contraire de s’en extraire le temps des vacances…”

Le centre de loisirs accueille des enfants de toute la ville : la maire le sait-elle ? Et sait-elle que si les familles de la Monnaie ont parfois envie de passer du temps hors de leur quartier (comme si l’envie de dépaysement pour les vacances n’était pas légitime et nécessitait… un extracteur), c’est d’abord parce qu’à force de le délaisser, de médiatiser ce qui ne le mérite pas et de taire ce qui vaudrait de réelles enquêtes, d’attiser les dégradations, d’en ralentir les réparations, de couper les liens entre le quartier de la Monnaie et le reste de la ville, de réduire à peau de chagrin le dispositif de réussite éducative, la municipalité contribue largement à la dégradation de l’ambiance de la vie quotidienne.

“Contrairement aux fausses rumeurs qui circulent, la ville ne ferme pas l’accueil de loisirs Monnaie puisque ce dernier restera ouvert les mercredis pour les 6/11 ans et qu’un accueil est maintenu durant les vacances pour les 4/6 ans”

D’accord, l’accueil de loisirs ne ferme pas… c’est le CENTRE de loisirs des vacances pour les 6/11 ans qui ferme. Cela ne représente néanmoins pas moins de 48 enfants qui apprennent, moins de 3 semaines avant les vacances, qu’ils n’en auront pas !

Un argumentaire fragile qui n'arrive pas à cacher un réel désintérêt du bien être des enfants

Les informations municipales approximatives, peu claires et arrivant au coup par coup au fil des protestations (des parents puis de l’opposition municipale) montrent que cette fermeture n’a pas été préparée et que rien n’est structuré dans les ambitions de la ville pour les jeunes.

“Il faut comparer ce qui est comparable”, “Il ne faut pas tout mélanger” , assigne la mairie dans le droit de réponse que lui offre le Dauphiné Libéré le 27 janvier suite à la prise de position de l’opposition municipale contre la fermeture du centre de loisirs… sans remarquer que la mairie elle-même ne s’applique pas ses propres injonctions !

“Concernant la tranche d’âge des 6/11 ans du quartier de la Monnaie, il s’agissait d’une offre spécifique que l’on ne retrouve dans aucun autre quartier”

Il a quelques années la mairie confondait déjà équité et égalité et supprimait abruptement l’aide aux devoirs faite par les enseignant·es dans toutes les écoles élémentaires de la ville, même quand ils·elles étaient volontaires, sous prétexte que cette aide n’existait pas partout ! À présent, sous prétexte que l’accueil des 6/11 ans n’a pas lieu dans le Nord de la ville (depuis les réductions drastiques de moyens de la Maison de quartier Coluche… décidées par la mairie !) ni au centre, on supprime celui de l’Est ?

C’est à y perdre son latin, d’autant plus que la mairie semble oublier que les familles romanaises peuvent inscrire leurs enfants dans toutes les structures, indépendamment de leur lieu de résidence (ainsi, à la MJC Robert Martin se croisaient des enfants de la Monnaie, mais aussi des Méannes, du centre-ville, etc.). La mairie semble aussi oublier (bien étrangement, cela n’apparaît pas dans son droit de réponse, ni même sur le site de la ville) qu’à l’Ouest, la Maison de Quartier des Ors accueille… jusqu’à 44 enfants de 5 à 11 ans pendant les vacances scolaires ! Une autre “offre spécifique” ? On marche sur la tête : c’est à se demander si la mairie connaît les réalités de terrain (les offres, les demandes)… de sa propre ville !

La Maison de Quartier des Ors
Une communication déplorable et un manquement clair à sa mission de service public

Pas d’information claire et transparente, de la part de la ville envers ses administré·es… et pas non plus d’aide aux familles : encore une occasion manquée de se lancer dans la transition démocratique et dans la justice sociale !

La ville de Romans préfère l’information approximative pleine de sous-entendus lourdingues qui flatte l’extrême droite… Le Dauphiné Libéré lui emboîte d’ailleurs le pas en clôturant son article par un renvoi totalement inadéquat aux familles : “Pour l’opposition, c’est donc aux pouvoirs publics d’investir toujours plus d’argent dans les quartiers prioritaires, sans véritablement responsabiliser les familles”. Une manière de détourner le sujet du manque de transparence criant de la ville et du manque de possibilités pour les enfants de Romans de partager des activités avec d’autres pendant les vacances ?

En attendant, le site de la ville répertorie les offres d’activités périscolaires et pour les vacances avec un habile flou… Il est question d’accueil de loisirs le mercredi et pour les vacances scolaires, en ce qui concerne celles de février, sans que jamais le nombre de places ne soit détaillé :

  • Les 3/6 ans peuvent être inscrits -à la journée- “aux Ors” ou “au petit Prince” (MDQ Coluche) et les 4/6 ans peuvent être inscrits -à la semaine- “à l’école jules Verne” (du lundi 8 au vendredi 12 et/ou du lundi 15 au vendredi 19 février) ;
  • Le Pass’sport accueille les 7/14 ans (ou les 7/16 selon les interviews…), seulement la première semaine (et il n’y a que 24 places, cela n’apparaît nulle part) ;
  • La ludothèque accueille les 0/6 ans avec leurs parents et les 6/12 ans sans les parents 1 heure par jour avec un maximum de 5 séances pendant les vacances.

Que dire alors de la maire qui renvoie les familles vers le Pass’sport (complet 30mn après l’ouverture des inscriptions) ou vers la ludothèque (peut-on imaginer un enfant seul chez lui, parce que ses parents travaillent, se rendre tranquillement à la ludothèque de 10h30 à 11h30 ou de 14h30 à 15h30 ?)

Et surtout que dire des 6/11 ans qui, habitant à la Monnaie ou n’importe où ailleurs à Romans, n’ont pas de propositions d’activités ?

Gageons que la CAF, la JPA (Jeunesse au Plein Air)** et l’UNICEF (sollicité par la Mairie pour avoir le titre “Ville amie des enfants”), qui ont été informé·es de la disparition brutale de 48 places en centre de loisirs, puissent nous aider à y voir plus clair dans les ambitions affichées par la ville de Romans-sur-Isère pour toute sa jeunesse (celle de l’Est comme celle de l’Ouest, du Nord ou du Centre) et à rendre effectif le droit des enfants, des adolescents et des jeunes aux loisirs et aux vacances (cf. art. 31 de la Convention internationale des droits de l’enfant).

** La Jeunesse Au Plein Air est une association qui milite pour le départ de tous les enfants en vacances en soutenant financièrement leur départ. Elle assure également une activité de veille et d’information sur le secteur des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes. Enfin, elle agit auprès des pouvoirs publics pour que les colonies de vacances et les centres de loisirs soient reconnus comme des temps éducatifs complémentaires à ceux de l’école et des familles.


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