Coupdeprojecteur#14
#justicesociale, #transitiondémocratique, #transitionécologique

Grande Synthe VS Romans

Celles et ceux qui y étaient se souviendront de la soirée ciné-débat du 26 septembre 2018 organisée au Ciné Lumière de Romans par le Collectif pour Romans qui ne connaissait pas encore son nom. Ce soir-là, on projetait le film Grande-Synthe : La ville où tout se joue, en présence de la réalisatrice, Béatrice Camurat-Jaud. Ce documentaire détaille comment, sous l’impulsion du maire Damien Carême, citoyen·nes, associations et pouvoirs publics se sont remonté·es les manches (et continuent à le faire !) pour trouver des solutions avec enthousiasme et humanisme face aux crises auxquelles l’ensemble de l’humanité devra bientôt faire face (pollution industrielle, chômage record, crise migratoire). 

Il nous reste des souvenirs de cette soirée. Certain·es sont parti·es regonflé·es en énergie « Si on arrive à être à la pointe des questions de transition écologique dans un environnement aussi industriel, on peut facilement concevoir que Romans, entre Monts du Matin et Drôme des Collines, au pied du Vercors, peut devenir en quelques années un laboratoire du futur ». D’autres étaient plus dubitatif·ves : « On a déjà des jardins partagés à Romans » ou agacé·es par l’omniprésence du maire, fait que plus personne ne peut supporter à Romans, le maire serait-il écologiste au possible ! (dommage pour Damien Carême, qui ne semblait pourtant vraiment pas mû par la même énergie que notre mairesse !).

Grande-Synthe, c’est  unanime, est une ville où il fait bon vivre. À l’occasion d’un périple dans le Nord, j’ai eu envie d’aller voir ce que ça fait « en vrai », une ville où il fait bon vivre ! Alors voilà, ça vous prend aux tripes dès que vous arrivez…

Vous comprenez qu’il y a les maires qui préparent l’avenir et ceux qui préparent LEUR avenir, qu’une ville où on se sent bien pour marcher, respirer, vivre et où on a envie de s’investir, donner de l’énergie et de rencontrer des gens pour agir ensemble.

A Romans, le bien-être des habitant·es n’est pas le moteur de la mairie

Puis c’est la colère qui m’envahit : colère face à l’idée de Romans qui me rattrape en plein voyage sur la côte  du Nord. Le Jacquemart en mousse façon grand Mickey me revient à l’esprit, avec aussi le très réussi bubble sky, qui sont des artifices de communication, des recherches de like sur instagram, du saupoudrage de pacotille, de la communication qui, à l’instar du sucre sur nos cerveaux, nous endort et nous berce dans de gentilles illusions célestes colorées, pendant que la planète brûle. Cette colère est celle des années perdues là où on sait que chaque jour compte, celle des retours en arrière, des mensonges, de la démocratie étouffée… Ah d’ailleurs cette affiche me fait sourire : la transition démocratique est en route partout où l’écologie a de l’importance.

À Romans, tout n’est que béton et il faudrait s’extasier car la ville va planter 200 arbres dans l’année.

À Grande-Synthe, capitale mondiale de la biodiversité en 2010, on évolue dans une ville tranquille où la végétation s’immisce partout.

À Grande-Synthe, pas moins de 11 labels sur le thème de l’écologie et du vivre ensemble honorent la ville (et surtout la rendent belle et douce !), là où à Romans la mairie se jette sur les labels faciles à obtenir (Ville amie des aînés), ceux inventés sur mesure (charte Marianne) ou s’enorgueillit de concourir pour des titres dont elle ne se rend même pas compte qu’ils sont hors de sa portée (Ville amie des enfants)… À croire que toutes les actions de la ville sont motivées par les classements, les satisfecit (en avril, un questionnaire de satisfaction était distribué à la fin du « parcours de vaccination » avec des questions du type « D’une manière générale, êtes-vous satisfait(e) de votre rendez-vous de vaccination au centre de Romans-sur-Isère ? »), les unes des médias (la mairie a-t-elle proposé la vaccination aux enseignant·es pour améliorer la vie dans les écoles ou bien pour tenter de doubler les objectifs de Jean-Michel Blanquer ?).

Une ville pour tou·tes les habitant·es ou seulement pour les adeptes de la maire ?

À Romans, le clientélisme est roi, le copinage est de mise. La maire met des bâtons dans les roues à celles et ceux qui ne sont pas du même avis qu’elle. En 2015, elle avait reçu les occupant·es de la Maison de la Nature et de l’Environnement en commençant par leur signaler « Vous savez que nous ne sommes pas du même bord ». 

Oui, c’est un fait. Mais nous habitons la même ville. En 2021 la conscience en est certainement plus forte qu’en 2015, sur la même planète, avec le même air, la même eau…

À Romans, la mairie a fermé la Maison de la Nature et de l’Environnement en 2015 et a inventé des projets sulfureux, dont on ne voit pas l’ombre du démarrage 6 ans après les faits, pour étouffer le projet des citoyen·nes qui voulaient la faire revivre et rayonner.

À Grande-Synthe, la nature est partout et les lieux qui accueillent les projets des habitant·es leur sont grand ouverts !

À Romans, on croise caméras, police et contrôleur·euses qui montent dans les bus par trois.

À Grande-Synthe, comme dans toute l’agglomération dunkerquoise, les bus sont gratuits, tous les jours de l’année et, jaunes, oranges, roses ou violets, ils sillonnent la ville à une cadence remarquable et me rappellent les couleurs du bubble sky…

À Romans, les écoles des Méannes et de la Martinette ont pris des noms de résistant·es, au moment même où le musée de la Résistance est malmené et ses protagonistes pas écoutés.

À Grande-Synthe, on comprend vite que le collège (Anne Frank), l’école (Célestin Freinet)  et la médiathèque (Nelson Mandela) n’ont pas juste des noms d’apparats, mais que les valeurs liées à ces noms sont vécues, incarnées, défendues chaque jour dans la ville et par la Ville.

Grande-Synthe… et les autres !

La bonne nouvelle est que, en 2021, Grande-Synthe n’est plus seule : des grandes villes ont pris le chemin de cette prise de conscience et des actions efficaces et immédiates pour réduire notre empreinte écologique et préparer un  monde vivable pour demain.

Et, bonne nouvelle aussi, ce n’est pas que dans les grandes villes emblématiques telles que Grenoble, Strasbourg, Lyon ou Poitiers, que les choses évoluent.

C’est dans toutes les villes, tous les villages que les municipalités et les citoyen·nes bougent : chaque initiative est le début d’un chemin.

Journal municipal de Villeneuve d’Ascq au mois de mai : 

  • Mai, le mois du vélo
  • Nouveaux projets pour le plan Territoire zéro chômeur de longue durée
  • La ville candidate à l’Atlas de la biodiversité.

Affichage à Dunkerque pour le 22 mai, journée internationale de la biodiversité (passée complètement inaperçue à Romans).

Dans cette prise de conscience, Romans reste invariablement ancrée dans les années 80, en supprimant des pistes cyclables, enlevant des bornes de tri sélectif, ne valorisant pas la voie verte, coupant des arbres majestueux (pour ne pas faire d’ombre à Jacquemart…), faisant de la simili-concertation avec les habitant·es, sur des projets déjà ficelés.

Le fleurissement des ronds-points reste la seule concession écologique de la ville (faisant même croire aux jeunes recrues du Conseil municipal des jeunes que c’est cela s’engager pour l’écologie), là où Grande-Synthe profite de ces espaces pour installer des potagers…

À Romans, même sous le coup d’une accusation et en pleine procédure judiciaire, la maire brigue un mandat régional, Damien Carême, lui, n’est plus maire de Grande-Synthe car il est député européen et limite ses mandats (l’écologie est intérieure aussi !). Et les projets continuent :

  • Gestion différenciée de l’espace naturel (spécialité reconnue de Grande-Synthe, exportée partout en France), qui est un des modes de gestion recommandée pour le développement des trames vertes et bleues (connexion des espaces naturels pour un réel maillage écologique) ;
  • Mise en place du Minimum Social Garanti (MSG), revenu issu des réflexions de la Ville sur la manière la plus efficace d’agir contre la pauvreté et pensé comme une forme de garantie de revenus : il se traduit par le versement d’une aide sociale exceptionnelle, attribuée par le CCAS, sous certaines conditions. Le MSG est une manière de repenser les aides sociales municipales et a le mérite de nourrir le débat sur les minimas sociaux au niveau national ;
  • Implantation de fermes urbaines pour fournir les cantines des écoles et vendre des légumes  aux habitant·es ;
  • Mise en place de l’éco-pâturage pour entretenir les zones vertes.

De retour à Romans, je consulte le site de la ville de Grande-Synthe,  j’y trouve en vrac : 

  • Des dossiers thématiques, en plus des magazines municipaux mensuels ;
  • La publication des dix rémunérations les plus élevées de la Ville ;
  • Un atelier (gratuit) d’autodéfense pour les femmes ;
  • Un article sur le Conseil municipale des jeunes qui se mobilise contre le harcèlement ;
  • Un bilan après deux ans de MSG offert aux plus démuni·es ;
  • Les modalités pour s’inscrire au rallye de la citoyenneté ;
  • Celles pour bénéficier d’une aide pour avoir un vélo pour presque rien ;
  • un abécédaire sur les gestes écocitoyens, fait par la ville et offert à tou·tes les élèves d’école maternelle et élémentaire ;
  • Les comptes-rendus de tous les Conseils municipaux  facilement retrouvables…

    Pourquoi lister tout cela ?

    Le Collectif pour Romans a essuyé des critiques au fil des deux années passées, il a été dit « folklorique », « antidémocratique » (?), trop à gauche ou que sais-je. 

    Aujourd’hui, les villes ne se préparent pas pour l’avenir à coup de caméras, de contraventions, de murs ou de connexion internet. Aujourd’hui, nous avons besoin de penser la transition écologique, en l’éclairant de valeurs de justice sociale et en l’accompagnant d’une révolution démocratique. Pour bien vivre demain, toutes et tous ensemble et non pas renfermé·es derrière nos écrans de surveillance.

    C’est ce que le Collectif pour Romans a toujours défendu, sans concession et c’est sur ce chemin que nous vous proposons d’unir nos forces, pour que le ville de Romans vive avec son temps !*

    J’espère qu’à la fin de l’été, chacun·e reviendra de vacances avec des exemples inspirants pour nourrir nos réflexions romanaises, alimenter les débats et avoir des idées concrètes d’actions à mettre en œuvre dans la foulée !


    1 commentaire

    E.C.D.C. · 4 juillet 2021 à 10 h 26 min

    Le 17 juin dernier, “Envoyé spécial” consacrait sa dernière séquence à la ville de Pontevedra dans la province de Galice. Ce n’est pas Grande Synthe, mais elle est qualifiée de “ville où le piéton est roi” la voiture reste aux portes de la ville dans des parkings gratuits. Les commerçants craignaient la baisse de leur chiffre d’affaire, mais au contraire la fréquentation du centre ville s’est accrue, les piétons cyclistes et poussettes circulent en toute sécurité et la pollution a sérieusement baissée. Un modèle de politique de la ville bien éloigné de celui de Roman !
    ECDC

    Pontevedra : la ville sans voiture – Tout Compte Fait – YouTube

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